En résidence du 1er au 20 février 2026
L’origine du projet I FANTASMI
J’ai traduit la pièce I Giganti della montagna de l’italien Luigi Pirandello, par passion du texte et de sa symbolique, poussé par le désir persistant de la mettre en scène. Une de ses particularités est que cette œuvre est inachevée. Cette traduction, je l’ai coupée, épurée, dépoussiérée si je puis dire, et j’espère actualisée. J’en ai fait en quelque sorte une adaptation. Et puis j’y ai ajouté encore des extraits d’autres textes de Luigi Pirandello. Puis au final, j’ai carrément réécrit une autre pièce, qui servira de base pour une écriture prochaine de plateau.
I FANTASMI (Des fantômes en français) est le titre que donnait Luigi Pirandello à des extraits de sa pièce qu’il publiait dans le journal Corriere della serra. Le texte I FANTASMI est une adaptation libre.
L’action se passe dans une époque incertaine.
En fuite, ceux restant d’une troupe de théâtre anciennement célèbre, se réfugient dans une étrange demeure, délabrée et comme vivante. Une sorte de maison hantée. Elle est presque le personnage principal de la pièce. C’est « la villa des ombres ».
Ici, dans cette villa, s’y mêlent passé, présent, futur, bon ou mauvais rêve, et réalité.
Le docteur Sand, maître des lieux et de ses mystères, les accueille. Il les invite à poser leurs valises et, ainsi protégés hors du monde, à profiter de la magie de cette maison le restant de leurs jours.
La grande tragédienne Rachel insiste au sein de sa troupe éreintée et tentée par cette invitation, pour qu’ils refusent et poursuivent absolument leur vocation : présenter et confronter coûte que coûte leur œuvre poétique au et à travers le monde.
Mais dehors il y a les « brutes ».
Les « brutes » sont dans les bois.
Les « brutes » de la montagne dévalent les pentes.
Et elles veulent rire.
Elles n’aiment pas les poètes.
Elles ne veulent plus de poésie…
Le texte I FANTASMI est une rêverie mélancolique et féérique pour le théâtre.
La pièce évoque d’innombrables rapports humains irrésolus et sans fin tels que l’amour, les trahisons, les jalousies, les déceptions, les résignations, les déchirures, tous ces travers inhérents et respectifs à toute société humaine. Ici, une troupe de théâtre désuète, confrontée au surnaturel inattendu d’une mystérieuse maison dans laquelle elle s’installe pour se réfugier de l’hostile monde extérieur. Elle se retrouve dans l’entrelac de la vie et de la mort, du rêve et de la réalité. Les fantômes rôdent et les revenants reviennent.
Ce qui anime le texte ressort du mythe de l’art, précisément le mythe du théâtre. Et son vaste questionnement. Son rôle. En filigrane, c’est de la mort de la poésie dont il s’agit. Son exécution. La fin d’un temps décrite à la fin des temps. Ça pourrait être le temps de la disparition des lucioles que décrit si bien Pier Paolo Pasolini.
Le dessein du texte est de dire la beauté et la nécessité impérieuse du rêve ainsi que de la poésie face à tout ce qui nous tue, tous. Exprimer cette respiration vivifiante et salvatrice qu’est l’émerveillement autant que la curiosité pour toute existence humaine. Chaque fois que nous faisons défaut à ces deux conditions, alors chacun, à notre manière, nous nous rapprochons de ces « brutes » qui menacent la troupe de théâtre de Rachel.
Le texte nous invite en somme, à ne jamais quitter notre rapport au rêve, et à la poésie, aussi périlleux soit-il. Garder en soi l’étincelle des commencements. Comme ce regard émerveillé de l’enfant sur les illuminations d’un théâtre. Par association d’idées, aux thèmes majeurs abordés par la notion de pureté dans la pièce, l’enfance et l’art, je songe ici à cette si belle expression, « l’enfance de l’art ».
Frédéric Borie



© illustration : Frédéric Borie