「 PROMOTION 2026 」
Session de travail préparatoire avec les étudiants de 3ème année
> Du 7 au 9 janvier 2026
La pièce commence dans le Peer Gynt d’Ibsen, au cœur du folklore norvégien, dans un théâtre de la fin du XIXe siècle, à la lisière du bourg d’Haegstadt. Ou peut-être se passe-t-elle au fond de ma mémoire, dans un village que j’ai connu, l’été, au moment des grosses chaleurs ? Peer Gynt vient de se battre avec Aslak le forgeron, et sa mère, Aase, est agitée par toutes les histoires / mensonges de son fils / histoires de famille / des siècles / héritages.
Dans cette pièce, Peer va chevaucher un bouc, kidnapper le marié, s’unir avec une truie, séduire Solweig puis l’abandonner, enterrer sa mère, quitter la Norvège, faire des affaires / des crimes / le mal, puis revenir (plus ou moins) tranquillement à Haegstadt pour mourir dans les bras de Solweig.
La pièce va surtout suivre Peer hors de la pièce d’Ibsen, sautant à pieds joints dans le XXIe siècle, trahissant, travestissant, minant l’œuvre du grand dramaturge, afin de sonder au cœur même de notre société la figure du masculin / vainqueur / colon / prophète, et de tenter de soulever quelques questions éthiques / politiques / philosophiques / poétiques / rythmiques / tragi-comiques.
Elle tente de décentrer Peer Gynt, de le pousser vers les bords / dans ses retranchements ; de faire place à d’autres corps / figures de la grande et de la petite Histoire ; de laisser la possibilité à d’autres histoires / chants / récits / visions de prendre place. Aase, Aslak, Solweig et une myriade de personnages (au moins 113) se bousculent au centre du plateau, s’agrippent au radeau de la scène, eux, elles aussi poussant les cris de celles et ceux qui ont longtemps été à la marge de l’Histoire / de la dramaturgie, vivant, souffrant, riant, embarqué.e.s dans la tempête du siècle, soulevant les corps, les faisant chavirer, battant le vent, intranquilles, mystiques, effroyables, grandioses, misérables, humain.e.s.
C’est une grande joie pour nous d’accompagner les étudiant.es de l’ENSAD, 31 ans après notre rencontre au sein de cette école. Le choix de déchiffrer cette pièce avec elleux, de la penser comme une œuvre chorale, musicale, dans laquelle les rôles, les âges, les genres ne cessent de tourner, nous a semblé très stimulant, et une invitation juste à porter, ensemble, des interrogations communes, vertigineuses, contradictoires.

Marion AUBERT – Écrivaine dramaturge, pédagogue et comédienne
Marion Aubert est diplômée du l’École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier.
En 1996, elle écrit son premier texte pour le théâtre : Petite Pièce Médicament. Cette pièce est créée l’année suivante, date à laquelle elle fonde la Compagnie Tire pas la Nappe avec Marion Guerrero et Capucine Ducastelle.
Depuis, toutes ses pièces ont été créées, notamment par sa compagnie, dans des mises en scène de Marion Guerrero. Marion Aubert répond aussi aux commandes de différents théâtres, metteurs en scène, compositeur ou chorégraphes, parmi lesquels la Comédie Française, la Comédie de Valence, le Théâtre du Rond-Point, le CDR de Vire, le Théâtre Am Stram Gram de Genève, le Théâtre du Peuple de Bussang, la Compagnie Le souffleur de verre (Julien Rocha et Cédric Veschambre), Kheireddine Lardjam et la Cie El Ajouad David Gauchard, Alexandra Tobelaim, Roland Auzet, Hélène Arnaud, Matthieu Cruciani, Marion Levy, Babette Masson, Agathe L’Huillier et Pierre Guillois, l’Opéra de Limoges…
Ses pièces sont éditées chez Actes Sud-Papiers.
Certains de ses textes sont traduits en allemand, anglais, tchèque, italien, catalan et portugais.
Son travail d’autrice se réalise le plus souvent dans le cadre de résidences d’écriture : à la Chartreuse de Villeneuve-lès- Avignon, au Festival des Théâtres francophones en Limousin, au Théâtre de la Tête Noire à Saran (Orléans), à la Bibliothèque de Saint-Herblain (Nantes), au Royal Court à Londres…
Marion Aubert est membre fondatrice de la Coopérative d’Écriture initiée par Fabrice Melquiot.
En 2013, elle reçoit le prix Nouveau Talent Théâtre de la SACD. En 2016, elle est honorée Chevalière de l’Ordre des Arts et des Lettres.
De 2017 à 2020, elle est membre du Conseil d’Administration de la SACD dans la commission Théâtre.
En 2019, elle reçoit avec Marion Guerrero le prix spécial du Jury Women for future du journal La Tribune.
En 2023, elle reçoit le Prix Théâtre de la SACD.
Depuis septembre 2020, elle est co-directrice du département écriture de l’ENSATT à Lyon.
Marion Aubert est également comédienne. Elle a joué dans de nombreuses pièces, dont les siennes, mais on la retrouve aussi chez Musset, Lagarce, Ionesco, Lemahieu, Copi, Bégaudeau, sous la direction d’Ariel Garcia-Valdès, Jacques Échantillon, Jean-Marc Bourg, Dag Jeanneret, Jean-Michel Coulon, Philippe Goudard, Marion Guerrero, Cécile Auxire-Marmouget et Matthieu Cruciani.

Marion GUERRERO – Metteuse en scène et comédienne
Marion Guerrero est diplômée du Conservatoire National de Région, aujourd’hui ENSAD de Montpellier et de l’Atelier Volant du Théâtre National de Toulouse, où elle présente, en 1999, sa première mise en scène Petit(s) rien(s) Cabaret. Elle fonde la Cie Tire pas la Nappe avec Marion Aubert et Capucine Ducastelle et met en scène la plupart des textes de Marion Aubert.
Elle répond également à des commandes de mises en scène pour différentes compagnies : Cie Nomade in France (Abdelwaheb Sefsaf), Cie La grande horloge (Fani Carenco), Cie Alcibiade (Frédéric Borie), Cie Aurachrome Théâtre (Bastien Crinon)…
Les pièces qu’elle met en scène sont jouées dans de nombreux théâtres en France et à l’étranger, comme le Théâtre du Rond- Point, le Teatro Eliseo de Rome, le Théâtre ACT de San Francisco, le CDN de Montpellier, la Scène Nationale de Perpignan, le CDDB de Lorient, la Scène Nationale d’Annecy, le CDN de Nancy…
Marion Guerrero est intervenante et membre du jury à l’École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier, et dans ce cadre met en scène plusieurs pièces avec les élèves de la section professionnelle. Elle est membre du jury et inter- venante pendant 3 ans pour la promo 26 de l’École de la Comédie de Saint-Étienne. Elle intervient également à L’Atelier au Théâtre National de Toulouse, structure d’insertion professionnelle pour jeunes comédien·ne·s et à L’École du Nord au Théâtre du Nord à Lille.
Parallèlement à cela, elle mène ses projets de comédienne, pour la Cie Tire pas la Nappe, sur les textes de Marion Aubert ou Copi, mais on la retrouve aussi chez Shakespeare, Minyana, Ionesco, Brecht, Belbel et d’autres, pour des metteurs en scène comme Abdelwaheb Sefsaf, Christophe Rauck, Jean-Claude Fall, Ariel Garcia-Valdès, Jacques Nichet, Frédéric Borie, Jacques Échantillon, Richard Mitou, Jérôme Hankins, Sébastien Lagord, Gilles Lefeuvre, Michèle Heydorff, Laurent Pigeonnat, Cécile Auxire-Marmouget…
Elle est scénariste de plusieurs courts métrages dont, Finir ma liste, son premier film, qu’elle réalise en 2016 (sélectionné au Festival du Cinemed à Montpellier et au Festival Européen du film court de Brest, le film a été acheté par TV5 monde). Elle réalise deux autres courts-métrages Pause en 2020 et Crâne en 2024. Elle est aussi assistante à la réalisation pour les films d’Emmanuel Jessua et d’Emma Benestan.
En 2019, elle reçoit avec Marion Aubert le prix spécial du Jury « Women for future » du journal La Tribune.
© photos : (Marion Aubert) Benjamin Charlery / (Marion Guerrero) Romain Debouchaud