• ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE D'ART DRAMATIQUE DE MONTPELLIER

Avril – Mai 2020 / CHARLY BRETON

Avril – Mai 2020 / CHARLY BRETON

Avril – Mai 2020 / CHARLY BRETON 600 300

CHARLY BRETON

Stage donné aux étudiants de la promotion 2022 :

  • Avril et Mai 2020 // travail amorcé en confinement

DOLLDRUMS

Une jeunesse délaissée a formé un gang, les DOLLDRUMS, avec comme projet d’interrompre la génération. Ils excellent dans ce qu’ils nomment « la KOROVA » : l’art de soumettre les adultes en les faisant régresser jusqu’aux premiers stades de l’enfance. 

Nous devions commencer un travail ensemble. Mais il y a eu les mesures de confinement pour répondre à l’urgence sanitaire. Tandis que nous devions nous réunir, nous avons été isolé les un.e.s des autres. Cela ne nous a pas empêché de faire des choses, comme on dit. Mais j’ignore si les choses que nous avons faites pendant ces dernières semaines sont de nature théâtrale. Le théâtre nécessite, pour avoir lieu, des conditions qu’aucune technologie ne pourra remplacer : des corps vivants dans un espace, poumonant le même air. Alors la télécommunication bien sûr. Mais il serait illusoire de penser que l’image en mouvement puisse répondre d’une quelconque façon à ce que chaque corps « travaille » sur une scène. Les corps sur scène ne sont pas des images. Et ce n’est pas leur image que nous travaillons sur scène, mais l’ombre creusée par leur poids dans l’espace. Le son qui sort d’une machine n’est pas le même que celui qui sort d’un corps. Les paroles qui naissent dans le son que fait un corps dans l’espace ne sont pas les mêmes que ceux qui sortent d’une machine, quand bien même cette machine retranscrirait le plus fidèlement possible les sons provenant d’un corps. Il y a une différence entre l’électricité et le sang, entre le plastique et la peau, entre l’algorithme et le verbe. Ce n’est pas un jugement mais une différence de valeur. Et c’est dans cette différence justement que nous faisons du théâtre, quand bien même le théâtre que nous faisons emploierait l’électricité, le plastique et l’algorithme. Alors qu’avons nous fait ? Nous avons ouvert une archive. Un espace où déposer des traces. Filmiques, gestuelles, picturales, scriptionnelles, sonores. Nous sommes partis d’une hypothèse : que le spectacle que nous devions faire existait déjà et que le travail consistait à découvrir de quoi il était fait. Comme de quoi sont faites les formes qui vivent dans nos imaginaires. Ainsi nous pouvions trouver dans la solitude de chacun.e les premiers « gestes » de notre spectacle fantôme. Les suivre, les étendre, les ramifier. Apprendre à les lire comme des augures. Pendant ces dernières semaines, nous nous sommes envoyés des signaux lointains, souvent mystérieux, que nous tentons de comprendre parce qu’ils sont les préparatifs de notre rencontre future. 

CHARLY BRETON
Après des études de philosophie et de théâtre, il intègre la compagnie des Augustes Interlopes avec laquelle il monte ses premiers textes, Le Mort égaré́, Pastorale pour pauvres. En 2011 et 2012 il est l’assistant à la mise en scène de Michel Dydim au CDN de Nancy (Confessions, A l’encre des barreaux, Divans). À partir de 2013 il se forme à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier dirigée successivement par Richard Mitou, Ariel Garcia Valdès et Gildas Milin. En 2016, dans le cadre de sa sortie de l’ENSAD, il est un des onze interprètes du projet 4×11, imaginé par Gildas Milin et créé lors du Printemps des Comédiens, puis, au Théâtre d’Aubervilliers. Il y travaille sous la direction d’Alain Françon, Robert Cantarella, Gildas Milin et Jean-Pierre Baro. Il joue en 2017 sous la direction de Marion Guerrero dans la pièce Tumultes de Marion Aubert au Théâtre Paris-Villette ; dans Les Noces de Betia de Ruzante mis en scène par René Loyon au théâtre de l’Epée de Bois. En 2018 il joue dans B.A.B.A.R le transparent noir de Guillaume Cayet et assiste Jean-Pierre Baro sur le projet Kévin, portrait d’un apprenti converti. Il est depuis 2016 responsable éditorial de la revue littéraire en ligne le Verbier, aux cotés de Bastien Noël, Jordan Willocq, Valentin Husson et Damien Abolet. Il fonde en 2016 avec Katia Ferreira et Charles-Henri Wolff la compagnie Le 5ème quart. Sa dernière création .les restes, lauréat Porosus 2017, a été programmée au Festival du Printemps des Comédiens la même année. Il travaille en collaboration artistique à l’adaptation du roman Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides, First Trip, mise en scène par Katia Ferreira, créée en mars 2019 à la MC2 : Grenoble. En 2019, son projet Sous l’orme compte parmi les lauréats du Fonds régional pour les talents émergents – FoRTE, Région Ile-de-France.

Crédit photo : Antonin Amy-Menichetti